Vous êtes :

Espaces thématiques

Infos quartier

Carte interactive

Transcription textuelle de la vidéo "Interview de Christian Bernard"


Christian Bernard, directeur artistique du projet artistique T3 présente les quatre artistes invités à observer pendant  toute la durée des travaux, les transformations produites par le chantier.

On connait la formule de Baudelaire qui dit que la forme d'une ville change plus vite que le cœur d'un mortel. Dans une ville quand, le tramway arrive, sa forme change de plus en plus vite et d'une  façon très étonnante parce que les partis pris par les aménageurs du tramway consistent effectivement à réhabiliter l'ensemble des sites traversés de façade à façade. C'est donc une mutation de ces trajets, une mutation urbaine considérable. Nous nous sommes dit qu'il fallait pouvoir aussi témoigner de cette mutation et pas simplement ne regarder que les interventions que les artistes pourraient faire dans le cadre de cette transformation mais inviter des artistes à témoigner de cette transformation même.

De ce point de vue, il s'agissait de rendre compte de l'avant, du pendant de ce terrible moment du chantier qui met la ville sans dessus dessous mais qui en même temps fait apparaître sous les plaies des fossés et de toutes les scarifications de la surface de la terre une mémoire, un passé, un refoulé de l'urbain et puis ce qu'il va advenir de ces parcours et de ces sites.

Nous avons donc choisi d'inviter quatre artistes a accompagner de leur travail et de leur témoignage visuel cette métamorphose pendant quatre ans. Pour cela, on a choisi d'inviter des artistes qui étaient probablement les plus improbables pour faire ce travail en tout cas, ce dont nous pensions qu'ils apporteraient un regard inattendu, un regard beaucoup plus décalé, beaucoup plus riche, plus complexe que n'auraient pu l'être des photographes ou des cinéastes-documentaristes. Il ne s'agissait pas de faire un témoignage de type réaliste mais plutôt de proposer des regards d'artistes exotiques par rapport à ce monde du documentaire.

C'est ainsi qu'on a fait appel à un peintre "sur-soi" pékinois qui s'appelle Lu Hao et qui va développer une très longue peinture d'une vingtaine de mètres, non plus sur-soi mais sur des bambous fendus qui va restituer un panorama de  l'ensemble du trajet du nouveau tramway comme il l'a fait pour témoigner du « Pékin » qui disparaissait à la faveur ou défaveur des jeux olympiques qui se sont récemment déroulés là-bas.

Avec Lu Hao, le chinois de Pékin, nous avons invité Yvan Salomone, un artiste qui ne fait que de l'aquarelle vivant à St-Malo, qui n'est donc pas un parisien et qui s'intéresse plus aux périphéries des villes aux zones portuaires, aux intervalles indécis entre le ciel et la terre, entre la terre et la mer, entre la ville et l'usine ou les zones d'entrepôts. Quelqu'un qui n'est donc pas un témoin de la ville même mais plutôt de ces extérieurs, de venir voir ce moment de bascule, de transformation, d'éventrement, de suture et de couture de la ville. Il va réaliser trente-deux aquarelles toutes du même format. Il en a déjà réalisé bientôt dix. C'est tout un travail de reconstruction dans l'image de ce qui s'opère dans la ville et il fait surgir aussi, non seulement son regard, sa manière de saisir les choses mais tout une culture de l'image, une  culture de l'histoire de l'art qui transparait à travers ces scènes de la ville en chantier.

C'est ainsi qu'on a demandé à un photographe parisien, Mohamed Bourouissa, qui jusqu'à lors faisait plutôt des photos de mise en scène non situées, relevant plus de la fiction, d'une interprétation des postures humaines, de regarder lui aussi ce site. Ainsi, il a commencé à faire un travail tout à fait passionnant qui est même passé par une photo sans personnages  alors que la plupart vont avoir et ont déjà des personnages. Il regarde au fond les êtres qui vivent dans les  interstices de cette périphérie urbaine où passe le tramway, ceux qui sont presque invisibles, ceux qui se logent dans les entre deux, ceux que au fond, la transformation urbaine va repousser plus loin et qui sont là des nomades réversibles. Et c'est tout un magnifique travail qui est engagé ; la reconstitution de scène en marge de la ville, entre la ville et son extérieur qui est la banlieue, l'au- delà du périphérique.

C'est ainsi que nous avons demandé à Chourouk Hriech, qui n'est pas non plus parisienne mais qui vit à Marseille, de venir régulièrement sur ces trajets le long de ces sites et de développer une série de dessins (quarante huit dessins) et non plus des aquarelles mais des dessins à l'encre de chine et au feutre, des très grands dessins noir et blanc d'une très grande intensité où elle construit et déconstruit des fragments de paysages urbains, des fragments d'immeubles, des fragments de rues selon des dynamiques qui ne cessent de varier.

D'un coté nous avons le regard d'un chinois, le regard d'un breton de St-Malo, le regard d'une marseillaise, celui d'un parisien intra-muros qu'est Mohamed Bourouissa mais chacun construit, déconstruit, réinvente et en même temps témoigne, avec une dimension de création très forte, de ces bouleversements. Et ça fera mémoire, infiniment mieux je crois, que de simples images qui deviendraient des cartes postales.

  • Prolongement du tram t3
  • Mairie de Paris
  • Région Ile de France
  • RATP
  • STIF